La Dintrada

Entendu sur Radoi FMC ont lo Glaudi Sicre respondèt à un musician occitan particulièrement doué… Et où cela peut être entendu par plein d’autres…

« Tout ce que tu dis sur la musique est le discours d’une authentique pratique, celui d’un vrai chercheur et trouveur artistique, intelligent et inventif comme il y en a très peu dans le monde occitan – alors que pourtant c’est pour eux une obligation vitale – et très peu ailleurs, justement parce que c’est beaucoup moins vital et qu’ils peuvent exploiter les filons restants des musiques populaires et trads existantes sans inventer, sinon quelques petites originalités  » identitaires « ,  parce que les enjeux de leur élan communautaire sont ailleurs (politiques, économiques, linguistiques, etc). 

Pourquoi c’est vital pour le monde occitan ? : parce que tous les enjeux passent par là, en dehors de toute politique (qu’elle fusse économique, sociale ou culturelle) qui n’a aucune base dans la société.
Pourquoi ces inventions musicales, qui toucheront toutes les sociétés, même celles qui n’ont pas trop de problèmes aujourd’hui, viendront des communautés à problèmes ? : parce qu’en matière de musiques populaires, c’est le sentiment d’appartenance, éphémère ou constant, qui est l’agent actif de l’adhésion au propos : l’indigène revigore son sentiment d’appartenance existant ; le touriste admire ce sentiment chez lui et veut en être, ne serait-ce que pour une soirée, pour fuir son appartenance héritée qui lui pèse ou pour en trouver une s’il n’en a pas . Regarde le phénomène du reggae ! Ou, pour les occitans, la fascination pour le pseudo-orient !  

La musique populaire invente une communauté, la réinvente : c’est son rôle essentiel, cela a été vu par tous les ethnomusicologues  et les anthropologues.
Normal que les communautés à problèmes, qui n’ont pas accès aux leviers économiques etc, s’emparent de la musique pop pour exister : pas besoin d’argent et de pouvoir pour taper sur des bidons.

Pourquoi le mouvement oc, le cultureux oc ne comprend pas ça ? Parce que pauvre en ressorts communautaires, il est riche de tout ce que lui amène la France, son statut de français. Il n’habite pas dans un bidonville, y a des subs, l’intermittence, le repli facile sur d’autres musiques ou boulots qui payent, au moins pour survivre (instit, prof de musique, animateur de ceci cela etc) (sans compter les héritages).

Revenons à toi : tu as artistiquement compris qu’il fallait inventer et où il fallait chercher. Et tu sais faire avec grand talent. Mais, à mon avis, tu n’as pas compris encore pour qui quoi il fallait inventer.
Tu dis toi-même quel est ton public : tradeux des bals, occitanistes des concerts, musicos, estudiants, etc.
Or c’est au populo qu’ il faut s’adresser, en premier, dans l’esprit : l’ouvrier, le chômeur, l’artisan, l’infirmière, les petits cadres, tes grand-parents, tes petits cousins, les derniers paysans qui parlent patois, les chasseurs, les immigrés, etc. Les autres (tradeux etc) suivront. Et les bobos admireront cet autre monde surgissant.
En changeant de cible, d’autres questions  se posent, d’autres critères apparaissent. Qui ne sont plus d’ordre esthétique, mais d’ordre véritablement artistique dans la totalité que ce mot recouvre, comprenant tout ce qui relève de la société.
Où il faut penser les fonctions, les lieux, les moments, les déroulements des pratiques.
Ce qui a un impact direct sur la pensée de la musique elle-même. 

Pas plus pour aujourd’hui ! Mais j’ai dit l’essentiel. »

 

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