« LʼOccitanie laboure le sol avec une charrue culturelle »

Entendut sus Radio FMC ont Alain Daziron, animateur infatigable des Journées de Larrazet (82), venguèt nos dire son vejaire quand à l’action culturala mage que menèt lo Félix Castan…

Quʼest ce qui lʼanimait ? 

« Fondamentalement, Félix Castan souhaitait que la culture occitane dialogue dʼégal à égal avec la culture francaise comme avec toutes les cultures du monde. Son horizon était la pluralité des langues et des cultures. Cʼest pourquoi il se défiait tout autant de “lʼenfer unitariste” qui marque au fer rouge la pensée francaise que de “lʼenfer régionaliste” qui réduisait, selon lui la culture occitane au rang de “ littérature de clocher ”. » 

Castan et lʼIEO 

« Félix Castan avait beaucoup misé, dans la première partie de son engagement occitaniste, sur lʼIEO dont il a été lʼun des fondateurs et lʼun des piliers majeurs avec Robert Laffont et Ismael GIrard dans lʼimmédiat après guerre. 

Pour lui lʼIEO était un organisme pédagogique pour porter le plus haut et le plus loin la langue et la culture occitanes. 

A ce titre il a déployé un effort titanesque pour faire vivre la revue OC dont il a été la rédacteur en chef de 1948 à 1954. Selon Claire Toreilles, cʼest durant cette période que la revue à vocation littéraire et pédagogique a connu son âge dʼor “ Quand on relit les numéros de la 10° série de la revue OC, parus après la guerre, on est frappé par la hauteur, la qualité, lʼambition et la qualité des débats”. 

En 1954, Félix Castan abandonne sa fonction à la revue et il en a donné les raisons dans un entretien éclairant avec Laurent Abrate en 1984 “ lors de lʼassemblée générale de 1954, Robert Laffont présente un rapport où la notion dʼéconomie est fondamentale. Elle prend le pas sur les notions culturelles. Je leur dis que cʼest le contraire de ce que nous faisions jusquʼici.” . Il se défiait de tout nationalisme larvé quʼil a toujours percu comme un impasse pour le mouvement occitan. 

En 1965 , il a été exclu de LʼIEO (tout comme Manciet et Girard) ce qui laissera une blessure indélébile et une immense incompréhension lui qui voyait lʼoocitanisme comme une famille de pairs oeuvrant – toutes sensibilités confondues – pour la renaissance dʼune langue et dʼune culture. » 

Sa vision de la Culture occitane ? 

« Son approche de lʼOccitanie et de lʼoccitanisme a été durablement marqué par sa propre histoire. Etudiant en Khagne à Paris , il est revenu dans le Lot au début de la Deuxième guerre mondaile en raison dʼune maladie et sʼest rendu compte – ce quʼil ignorait – que la littérature occitane avait produit des œuvres de la même qualité que la littérature francaise. Lʼénigme étant pour lui quʼun pays sans roi, sans état, sans volonté nationalitaire ait pu générer au fil des siècles une production culturelle supérieure à bien des nations constitués. Selon lui “ le principal message de lʼOccitanie est quʼun peuple peut sʼexprimer autrement que par une nation. Lʼoccitanie laboure le sol avec une charrue culturelle”. 

Cʼest ainsi que lʼécrivain occitan quʼil était avant tout a mis toute son énergie à construire un contre champ culturel occitan à travers le Festival de Montauban devenu le carrefour dʼOccitanie (qui embrassait toutes les disciplines créatrices). Il avait tiré les lecons de lʼéchec du félibrige “ qui sʼest placé en situation de victime etnnique attendant les réparations qui ne sont pas venues car il nʼavait pas les moyens dʼexercer une pression sur la nation. Il a employé ses forces à exiger quʼon lui construise une maison au lieu de la construire lui-même”. 

Cʼest pourquoi il a consacré toute sa vie, contre vents et marées, à donner un visage à lʼOccitanie, sur le champ des cultures du monde. » 

Lʼhéritage de Castan ? 

« Il est immense mais pas encore assez en lumière. il ouvre un champ de réflexion et de recherches pour tout le 21° Siècle. Il a accompli un travail colossal pour découvrir, comprendre et tirer le sens de mille ans de littérature occitane. Exercice dans lequel il était inégalable comme lʼont montré JF Brun et Serge Labatut. On devrait publier toutes ses contributions des colloques du CELO (et toutes les autres) ce qui offrirait à tous la meilleure histoire de la littérature occitane. Il a montré que ce nʼétait pas seulement lʼoccitanie quʼil fallait sauver mais la France quʼil fallait guérir “ dʼun délire de pureté lingusitique et culturelle”. Il a eu lʼaudace de clamer que lʼOccitanie nʼétait pas le produit dʼun sol mais quʼelle dépendait entièrement de ses œuvres (posture anti ethnique). 

Il était évident pour lui que ce nʼétait pas la langue qui sauverait la culture mais bien la culture qui sauverait la langue. Ce qui nous interroge sur la notion de “ socialisation de la langue ”. Comment aller plus loin que les pétitions (certes légitimes) mais qui ont leurs limites face à lʼinconscient unitariste de notre pays. 

Plus généralement, toute la pensée et lʼoeuvre de Félix Castan invitent les acteurs de la culture occitane à trouver la voie propre de notre identité au lieu de tenter – en pure perte – de reproduire les configurations dʼune toute autre nature comme celles de Catalogne ou du Pays basque. » 

Bibliographie 

– Félix Castan ou lʼéquilibre parfait de lʼidentité ( actes du colloque de Larrazet ) 20 euros + 5 euros de frais dʼenvoi . 

– Film de Michel Gayraud sur Castan : 20 euros + 3 euros de frais dʼenvoi.
( Règlement du livre et du film à lʼordre : Maison de la Culture 82 500 Larrazet . adaziron@wanadoo.fr). 

– Yves Toti : Histoire de la revue OC “ pélerin de lʼabsolu” . Un livre essentiel dont la réedition devrait être lʼune des priorités de lʼIEO. 

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